Les neiges de Pluton

Source le net : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/pluton-pluton-des-paysages-enneiges-tres-similaires-ceux-trouves-terre-mais-raisons-tres-differentes-83597/

Ref : AAM n° 140 15/10/2020

En 2015, la sonde New Horizons a révélé sur Pluton, des paysages de sommets enneigés comme jamais observés ailleurs dans le Système solaire. Des paysages qui ressemblent à s’y méprendre à ceux que l’on connait bien sur la Terre. Pour comprendre leur origine, des chercheurs ont mené l’enquête. François Forget, astrophysicien au Laboratoire de météorologie dynamique de l’Institut Pierre Simon Laplace (CNRS, France), nous en présente aujourd’hui les conclusions.

Pour le deuxième anniversaire du survol historique de Pluton par la sonde New Horizons, la Nasa a offert une ballade réaliste et spectaculaire au-dessus de la lointaine planète naine. Découvrez ses paysages façonnés par les impacts et aussi son activité interne comme si vous y étiez. Un voyage à couper le souffle au-dessus d’un monde inexploré aux confins du Système solaire.

 

Lorsque New Horizons a survolé Pluton en juillet 2015, la sonde de la Nasa a révélé une planète incroyablement riche. « Un monde de paysages formidables avec près de l’équateur, des chaînes de montagnes très sombres à la base — parce que recouvertes de suies — et dont les sommets en revanche, sont habillés de neige, de la neige de méthane », nous expose François Forget, astrophysicien au Laboratoire de météorologie dynamique de l’Institut Pierre Simon Laplace (CNRS, France), en introduction.

 

Les montagnes de Pluton se présentent un peu comme celles que l’on connait sur Terre, mesurant quelques milliers de mètres de hauteur. Ainsi les chercheurs ont d’abord supposé qu’à plus de 4,5 milliards de kilomètres du Soleil, les mécanismes responsables de ces chutes de neige étaient les mêmes que sur notre planète. Et François Forget de nous rappeler que, « sur Terre, la neige tombe en altitude parce que les températures baissent. Avec le froid, la vapeur d’eau se condense et se dépose sous forme solide sur les sommets montagneux. »

« Mais sur Pluton la situation est radicalement différente. Lorsqu’on monte en altitude, la température… augmente rapidement et de manière significative. » Pourquoi ? Parce que si l’atmosphère de Pluton est essentiellement composée d’azote, elle contient aussi du méthane (CH4). Ce méthane a tendance à absorber le rayonnement solaire« C’est ainsi que la température de l’atmosphère de Pluton peut passer de quelque chose comme -230 °C en surface à presque 100 °C de plus à quelques kilomètres d’altitude. C’est un peu à l’image de ce qui se passe dans notre stratosphère où l’ozone absorbe le rayonnement solaire », souligne l’astrophysicien.

: À gauche, la région de « Cthulhu » près de l’équateur de Pluton et à droite, les Alpes sur Terre. Deux paysages semblables, mais créés par des processus très différents. © Nasa/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute et Thomas Pesquet/ESA

Améliorer les modèles qui aident à comprendre le changement climatique

C’est la première fois qu’un tel phénomène est observé dans le Système solaire. Comprendre comment il se produit pourrait aider à expliquer la présence d’épais glaciers de méthane, observés tout à fait ailleurs sur Pluton, et hérissés de spectaculaires crêtes escarpées. Cela pourrait aussi éclairer quelques phénomènes très terrestres. « L’essentiel de notre activité consiste à comprendre le changement climatique à partir de modèles du système Terre. Ces modèles, nous les testons sur d’autres planètes. Cela nous permet aussi de les améliorer grâce à tous ces phénomènes qui restent subtils sur notre planète, mais apparaissent plus marqués sur d’autres », conclut François Forget.