Antarctique climat.

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Ref : AAM n° 131 – 27/09/2020

Climat : pour l’Antarctique et le niveau des mers, chaque degré compte, selon une étude

La planète a déjà gagné plus de 1°C par rapport à l’ère pré-industrielle. © BRITISH ANTARCTIC SURVEY/AFP/Archives Ali ROSE

Paris (AFP) – Chaque degré d’augmentation de la température de la planète accélèrera la désintégration de la calotte glaciaire antarctique, provoquant à terme une hausse inéluctable et de plus en plus rapide du niveau des océans, selon une étude publiée cette semaine.

La planète a déjà gagné plus de 1°C par rapport à l’ère pré-industrielle, et 1°C de plus — soit +2°C, objectif minimal de l’accord de Paris sur le climat– causerait inexorablement une augmentation du niveau de la mer de 2,5 mètres juste à cause de l’effondrement de l’Antarctique. Encore 3°C supplémentaire porterait cette hausse à 6,5 mètres, mettent en garde les auteurs de cette étude publiée dans Nature.

Cette hausse dramatique des océans, dévastatrice pour des métropoles côtières comme Bombay ou Miami, se produirait sur plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’années. Mais ce sombre avenir se joue aujourd’hui : ce sont les émissions de gaz à effet de serre des prochaines décennies qui pourraient mettre en marche ce processus ensuite inéluctable.

Selon les résultats de cette étude, la désintégration de la gigantesque calotte de l’Antarctique –qui contient suffisamment d’eau pour provoquer 58 mètres d’augmentation du niveau des mers– sera de plus en plus rapide avec chaque degré de réchauffement supplémentaire.

Par exemple, pour chacun des deux premiers degrés au-dessus des niveaux de températures de l’ère pré-industrielle, les océans s’élèveront d’environ 1,3 mètre. Mais entre +2°C et +6°C, cette hausse doublerait à 2,4 mètres par degré de réchauffement. Et au-delà, chaque degré provoquerait 10 mètres de hausse supplémentaire, poussant la calotte au-delà de son point de non retour.

« C’est notre utilisation du charbon et du pétrole qui détermine si et quand des seuils critiques de température sont dépassés en Antarctique », a souligné dans un communiqué l’un des auteurs, Anders Levermann, climatologue au Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK). « Et même si la perte de glace se produit sur une longue période, les niveaux correspondants de CO2 peuvent être atteints dans un avenir proche », a-t-il ajouté.

La partie de la calotte couvrant l’Antarctique occidental devrait s’écrouler en premier, érodée d’abord par la mer qui se réchauffe et s’insinue sous les glaciers littoraux.

« Des glaciers de la taille de la Floride pourraient tomber dans l’océan », a noté Torsten Albrecht, également chercheur au PIK.

Cette étude « fait comprendre clairement le besoin urgent de stabiliser le réchauffement, en accord avec les objectifs de l’accord de Paris » (+2°C, voire +1,5°C), a commenté Matt Palmer, du UK Met Office, l’organisme météo britannique, qui n’a pas participé à l’étude.

Alors que les engagements des États placent la planète sur une trajectoire à +3°C, même un monde à +2°C « pose un risque existentiel à des nations entières », a ajouté Jonathan Bamber, glaciologue à l’université de Bristol, cité par le Science Media Centre.

©AFP

La banquise d’été de l’Arctique au deuxième plus bas niveau jamais observé

La banquise dans le nord-ouest du Groenland le 13 juin 2019. © Centre for Ocean and Ice at the Danish Meteoroligical Institute/AFP Steffen Olsen

Washington (AFP) – La banquise d’été en Arctique a fondu en 2020 jusqu’à la deuxième superficie la plus petite jamais enregistrée, après 2012, une nouvelle manifestation du réchauffement continu du climat, selon des observations satellites annoncées lundi par le National Snow and Ice Data Center aux Etats-Unis.

La banquise est la glace qui se forme sur l’eau. Tous les ans, une partie fond l’été et se reforme l’hiver, de façon normale, mais avec le réchauffement climatique, elle fond de plus en plus l’été, et sa superficie hivernale se réduit aussi. Les satellites observent de façon très précise ces superficies depuis 1979, et la tendance à la réduction est nette.

Cette année, le minimum de la banquise estivale a été atteint le 15 septembre, avec 3,74 millions de kilomètres carrés, selon des données préliminaires du centre, dont les annonces à la fin de chaque hiver et de chaque été font référence.

« L’année a été folle dans le nord, avec la banquise presque au niveau le plus bas jamais vu, des canicules (…) en Sibérie et des immenses feux de forêts », a déclaré Mark Serreze, son directeur.

« Nous nous dirigeons vers un océan Arctique sans glace saisonnière », a-t-il déploré.

En général, le Groenland se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète.

La fonte de la banquise ne contribue pas directement à la hausse du niveau des océans, puisque la glace est déjà sur l’eau. Mais elle y contribue indirectement, et « a un impact sur le système du climat », dit à l’AFP Claire Parkinson, climatologue de la Nasa, dont les satellites mesurent les glaces des pôles.

En effet, moins il y a de glace, moins les rayonnements solaires sont reflétés et plus ils sont absorbés par les océans, ce qui les réchauffe.

Un océan s’ouvre

« La faible couverture de la banquise cette année est pile dans la tendance de déclin observée depuis quatre décennies », ajoute Claire Parkinson.

Les preuves du rétrécissement de la glace, en superficie et en épaisseur, sur mer et sur terre et dans les glaciers, en Arctique et en Antarctique, s’accumulent de façon indéniable, même si les rythmes diffèrent d’un endroit à un autre.

Ainsi, la banquise antarctique a vite fondu pendant trois ans jusqu’en 2017, mais ces dernières années, elle a un peu repris, sans qu’on comprenne vraiment le phénomène. Dans l’Arctique, la réduction est plus marquée depuis 1996 par rapport à la période précédente, note Claire Parkinson, même s’il y a des variations d’une année à l’autre.

La banquise du nord risquerait même de disparaître plus vite que ce que les modèles climatiques prédisent, ont jugé des chercheurs dans une étude publiée par la revue Nature en juillet.

Cette disparition bouleverse l’écosystème (les ours en dépendent pour attraper les phoques) et le mode de vie des Inuits au Groenland.

« A cause de la fonte de l’Arctique, l’océan va absorber plus de chaleur, et nous finirons tous par être exposés aux effets dévastateurs du dérèglement climatique », a réagi Laura Meller, de Greenpeace, qui se trouve à bord d’un navire parti de l’archipel norvégien de Svalbard et était lundi au bord de la glace.

« Quand je regarde par la fenêtre, j’ai du mal à me rappeler que j’observe une urgence climatique en temps réel », dit-elle à l’AFP par téléphone.

Les dirigeants mondiaux, qui se réuniront sur le climat et la biodiversité dans les deux prochaines semaines à l’ONU, ne peuvent ignorer le problème : l’an dernier, les experts climat de l’ONU (Giec) ont adopté un rapport sur les océans et la cryosphère (banquise, glaciers, calottes polaires et permafrost), avertissant des catastrophes en chaîne d’un monde plus chaud de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle. La planète en est déjà à +1°C.

©AFP

L’Arctique entre dans un nouvel état climatique

Les Svalbard en Norvège, archipel Arctique © Yann Arthus-Bertrand

Autour du pôle Nord, les effets du réchauffement climatique se font durement ressentir. De l’eau de mer et de la pluie plutôt que de la glace et de la neige. C’est le glissement que connaît actuellement la région. À tel point que les chercheurs parlent de revoir la définition de ce que nous appelons un climat arctique.

Chaque année, de nouveaux records de température sont établis dans la région. En juin dernier, le mercure est même monté à 38 °C en Sibérie. Et toutes les mesures le confirment : l’Arctique se réchauffe deux à trois fois plus vite que le reste du monde. De quoi faire de la région, l’épicentre du réchauffement climatique.

L’amplification arctique à l’oeuvre 

Hier encore, une mauvaise nouvelle nous est arrivée du Groenland. Un iceberg de la taille de Paris, soit 113 kilomètres carrés, s’est détaché du glacier 79N. « Ces dernières années, nous avons enregistré des températures incroyablement élevées dans le nord-est du Groenland », note Jenny Turton, chercheur, dans un communiqué de l’institut géologique du Danemark. Et aujourd’hui, « nous devrions être très préoccupés par ce qui ressemble à une désintégration progressive de la plus grande plateforme de glace restante de l’Arctique », souligne Jason Box, glaciologue.

Dans le même temps, des chercheurs du Centre national de recherche atmosphérique (NCAR – États-Unis) nous apprennent que l’Arctique s’est maintenant réchauffé de manière tellement significative que les variations annuelles de ses conditions météorologiques dépassent les limites des fluctuations passées. La région a commencé à basculer dans un état climatique totalement différent de celui dans lequel elle se trouvait jusqu’alors.

Glace de mer, températures et précipitations redéfinissent le climat de l’Arctique

Se basant sur des centaines d’observations et de simulations — pour distinguer la variabilité naturelle d’une possible transition vers un nouvel état climatique –, les chercheurs ont d’abord défini statistiquement les limites de ce que l’on peut donc désormais appeler « l’ancien Arctique ». Puis, ils ont établi à quel moment le réchauffement climatique anthropique poussera la région au-delà de ces limites. D’une manière suffisamment significative pour parler de nouvel état climatique.

Considérant la variable glace de mer, les chercheurs estiment que l’Arctique a basculé dans un climat différent de celui qu’il était auparavant dès la fin du XXe ou le début du XXIe siècle. Dans un scénario d’émissions de gaz à effet de serre élevées, la région pourrait apparaître libre de glace pendant 3 à 10 mois par an d’ici la fin de notre siècle.

Les températures de l’air, quant à elles, ne devraient entrer dans le cadre de ce nouveau climat que dans la première moitié ou au milieu du XXIe siècle. Et les précipitations devraient basculer vers une augmentation de la durée de la saison des pluies de 20 à 60 jours au milieu du XXIe siècle à 60 à 90 jours à la fin. Certaines régions de l’Arctique pourront alors être arrosées par les pluies — et non plus par la neige — tout au long de l’année.

« L’Arctique est susceptible de connaître des extrêmes de glace de mer, de température et de précipitations qui sont loin de tout ce que nous avons connu auparavant, assure Laura Landrum, auteure principale de l’étude, dans un communiqué du NCARNous devons changer notre définition de ce qu’est le climat arctique. »

Un article de Nathalie Meyer – retrouvez d’autres articles sur Futura