La tempête “Alex” le pourquoi le comment !

Source le net : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/meteorologie-tempete-alex-il-passe-alpes-maritimes-83432/

Ref : AAM n° 138 – 09/10/2020 – Natahlie Meyer journaliste.

Les épisodes méditerranéens, ce n’est pas une nouveauté. Il s’en produit régulièrement dans le sud de la France. Mais l’intensité de celui qui vient de frapper les Alpes-Maritimes a été exceptionnelle. Avec le réchauffement climatique, les météorologues s’attendent à ce que cela se reproduise de plus en plus souvent.
Alex, c’est le nom donné à la dépression atlantique identifiée par Météo France le 30 septembre dernier. Une tempête à caractère explosif — une bombe météorologique, comme disent les scientifiques — se dirigeant droit sur la France. Elle a d’abord frappé la Bretagne où des vents à 186 km/h ont été enregistrés. Et en pénétrant le pays, elle a causé un épisode méditerranéen sans précédent.

Tempête Alex – Biarritz par Pablo Ordas :

Du 2 au 3 octobre 2020, jusqu’à 500 mm de pluie — soit 500 litres par mètre carré — sont tombés sur le sud de la France — mais aussi le nord de l’Italie et la province du Piémont — et notamment sur le département des Alpes-Maritimes. C’est l’équivalent de ce qui peut, habituellement, tomber en… trois mois !

Vu de l’espace || Sur ces deux images satellites #Sentinel2 prises les 28/09 et 03/10, on peut voir les fleuves déverser des tonnes de boues et de gravats colorant ainsi les eaux de la mer Méditerranée. Voir le GIF

Que s’est-il passé ? Une perturbation très pluvieuse s’est enroulée autour de la dépression qui s’est formée sur l’Atlantique. Un flux de sud associé a fait monter un air chaud et humide vers les Alpes où l’air s’est élevé, s’est refroidi et a entraîné la formation de précipitations orageuses. Celles-ci se sont continuellement renouvelées pendant plus d’une dizaine d’heures, en stationnant au-dessus des Alpes-Maritimes.

Une infographie qui explique le phénomène d’épisode méditerranéen. © Météo France

Vers des épisodes méditerranéens plus intenses

« Les cumuls de précipitations observés pendant cet épisode ont été tout à fait exceptionnels. Plusieurs records absolus ont été battus… Ce sont des intensités de pluie qui ne se produisent normalement qu’une fois par siècle. Et c’est la deuxième fois cette année que l’on atteint un tel cumul de plus de 500 mm sur l’arc méditerranéen, après l’épisode du 19 septembre dans le Gard », commente Véronique Ducrocq, météorologue, dans un communiqué de Météo France.

Cumuls de #pluie 02/10 6h UTC au 03/10 6h UTC : 500,2mm à Saint-Martin-Vésubie en 24h, soit un peu plus de trois mois de pluie. Record absolu pour la station, ainsi qu’à l’échelle départementale.

Dragon_06 (Facebook)

Saint Martin Vésubie mon village dévasté. Je pense à mes amis, à tous les St Martinois et les habitants de la vallée Des images de désolation qui resteront gravées a jamais #alpesmaritimes

Voir le doc

« Nous nous attendons à ce que le rôle du changement climatique soit confirmé. De manière générale, sous l’effet de la hausse de la température, l’atmosphère peut contenir davantage de vapeur d’eau, qui peut davantage se transformer en pluies, ce qui conduit à une intensification des précipitations », précise Véronique Ducrocq. Les simulations climatiques régionales envisagent jusqu’à 20 % d’intensité en plus pour les épisodes méditerranéens à chaque degré de réchauffement de plus. Un chiffre qui reste à valider grâce à des modèles à des mailles plus fines.

Ci-dessous communiqué de Météo-France (https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/entretiens/les-episodes-mediterraneens-les-plus-forts-seront-plus-frequents)

Les épisodes méditerranéens les plus forts seront plus fréquents et plus intenses “

05/10/2020

Véronique Ducrocq est météorologue à Météo-France. En tant que chercheuse spécialiste des épisodes méditerranéens, elle coordonne le projet HyMeX, un programme international visant à améliorer la compréhension et la modélisation du cycle de l’eau en Méditerranée.

Comment expliquer la violence des précipitations qui se sont abattues vendredi sur les Alpes-Maritimes ?

“La tempête Alex qui a touché terre sur la Bretagne la nuit du 1 au 2 octobre est issue du creusement très rapide d’une dépression sur l’Atlantique. Une perturbation très pluvieuse est venue s’enrouler  autour de ce minimum dépressionnaire. Un flux de sud associé  a transporté un air chaud et humide  venu de la Méditerranée qui a rencontré le relief des Alpes.  L’air s’est alors élevé, s’est refroidi et a entraîné la formation de précipitations orageuses.  Les cellules orageuses se sont continuellement renouvelées pendant plusieurs heures au-dessus des vallées de la Tinée, de la Vésubie et de la Roya. Le système pluvio-orageux  a ainsi stationné  au-dessus des Alpes-Maritimes et l’est du Var pendant plus d’une dizaine d’heures , en se régénérant grâce au vent chaud et humide qui perdurait. Il s’agit de ce que l’on appelle un épisode méditerranéen.

Les cumuls provoqués  par ces pluies intenses et orageuses ont été exceptionnels, voire sans précédent.  Ils ont provoqué des crues dévastatrices. ”

Les mécanismes de formation d’un épisode méditerranéen.

À quel point ces intempéries sont-elles exceptionnelles ?

” Les cumuls de précipitations observés pendant cet épisode ont été tout à fait exceptionnels : ce sont localement 500 mm de pluies, c’est à dire 500 litres par mètre carré qui sont tombées dans l’arrière-pays. Plusieurs records absolus ont été battus… Ce sont des intensités de pluie qui ne se produisent normalement qu’une fois par siècle.
Ces valeurs centennales ont été largement dépassées…  Et c’est la deuxième fois cette année que l’on atteint un tel cumul de plus de 500 mm sur l’arc méditerranéen, après l’épisode du 19 septembre dans le Gard. C’est historique : on n’a jamais eu à deux reprises dans l’année un tel niveau de précipitation, dont la durée de retour est normalement centennale.
Si l’on remonte dans l’histoire, nous avons déjà enregistré deux épisodes avec plus de 500 mm : 687 mm à Anduze (Gard) les 8 et 9 septembre 2002, entraînant 22 morts, et 622 mm à Lézignan (Aude), les 12 et 13 novembre 1999, avec 35 victimes. En 1940, on aurait enregistré près de 1 000 mm dans les Pyrénées-Orientales, mais ces relevés présentent des incertitudes. ”

” C’est historique : on n’a jamais eu à deux reprises dans l’année un tel niveau de précipitation, dont la durée de retour est normalement centennale.    “