Extrait de la série « Gold rivers – Tales from the land in between » de Mathias Depardon. Exposition au « le Quadrilatère » à Beauvais à partir du 21 septembre 2019.
Image libre de droits dans le cadre du festival Les Photaumnales 2019. Soumise à droits d’auteur pour toute autre utilisation.
Mathias Depardon
Gold Rivers/Tales from the Land in Between
La sécheresse que connaît l’Irak en 2018 est la plus sévère que le pays ait connu depuis 1930. C’est une deuxième mort que redoutent les Marais de Mésopotamie – vaste étendue marécageuse, campée au confluent du Tigre et de l’Euphrate – unique richesse de cette région, berceau des anciennes civilisations sumériennes et assyriennes.
En 1991, Saddam Hussein les avait condamné à l’assèchement en construisant des digues, pour chasser les rebelles chiites qui s’y étaient retranchés. La région s’était alors rapidement vidée de sa population. Après la chute du dictateur irakien, les habitants ont détruit les barrages et libéré les eaux.
En 2016, les marécages sont alors placés sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. À ce jour la surface inondée des Marais irakiens n’a jamais été aussi réduite. Avant 1990, elle atteignait jusqu’à 13 000 km2 contre à peine 1 600 km2 aujourd’hui. La mauvaise gestion des ressources par le gouvernement central irakien et la construction de plusieurs barrages en amont (GAP Project) en Turquie, ont largement affaibli les fleuves de la Mésopotamie.
L’agriculture traditionnelle de cette région, longtemps considérée comme le « jardin d’Eden de l’Irak », subit de plein fouet l’impact de la salinisation. Sa biosphère unique, sa culture ancestrale et son équilibre économique, qui repose sur la pêche, l’élevage de buffles et la coupe du roseau, se trouvent de nouveau en danger de disparition.
Seule une solution concertée entre les pays riverains du Tigre et de l’Euphrate pourra éviter la disparition des Marais de Mésopotamie et une catastrophe écologique de grande ampleur. Dans le cas contraire, de l’assèchement rapide du Sud de l’Irak pourrait naître le prochain conflit.
Mathias Depardon est né à Nice en 1980. Après des études de communication à Bruxelles, il se consacre au reportage et la photographie documentaire. De 2012 à 2017, il effectue un reportage pour le magazine National Geographic sur la problématique de l’eau en Mésopotamie, territoire dont il sera expulsé.
Il est représenté par l’Institute of Artist (Londres/Los Angeles).
www.mathiasdepardon.com