IDF-Visite cathédrale arménienne


En visite à la cathédrale arménienne Saint Jean-Baptiste à Paris

Jean Coiffier

Le 4 novembre 2025 nous étions quinze membres de l’AAM à nous retrouver à midi autour d’une table sympathique au Bar des Théâtres, situé rue Jean Goujon dans le 8e arrondissement de Paris (Photo 1 ; cliquer sur les photos de cet article pour les voir complètes et en résolution supérieure). Après le repas nous avons été rejoints un peu plus loin dans la même rue par six autres participants devant la cathédrale arménienne de Paris où nous attendait notre guide Arusyak Demmou-Melkonyan.

Photo 1 : le déjeuner au bar des Théâtres
Photo 2 : l’église arménienne Saint Jean-Baptiste

Alors que la communauté arménienne parisienne était plutôt présente dans le 9e arrondissement dans les années 1920, la construction de cette église dans la rue Jean Goujon a commencé en 1901 grâce aux subsides d’un richissime Arménien nommé Alexandre Mantachiants, originaire de Tbilissi, qui avait fait fortune dans le pétrole et venait souvent en villégiature à Paris. Il avait choisi, pour réaliser cet édifice (Photo 2), l’architecte Albert Guilbert, qui avait déjà construit dans la même rue la chapelle catholique Notre Dame de la Consolation, érigée peu auparavant en mémoire des victimes de l’Incendie du Bazar de la Charité survenu au même endroit en 1899.
La cathédrale arménienne Saint Jean-Baptiste, consacrée officiellement le 2 octobre 1904, s’inspire de la cathédrale d’Etchmiadzine en Arménie, dont elle reprend le plan en forme de croix grecque. À l’extérieur, encadrant l’entrée principale, se dressent la statue d’un poilu, témoignage des arméniens morts pour la France durant la première guerre mondiale, ainsi qu’une « pierre-croix » (khatchkar en arménien), stèle sculptée datant du XIIIe siècle. Au-dessus de la porte, le tympan expose la figure traditionnelle du Christ entouré de deux anges. Un peu plus haut sur la façade deux médaillons représentent les apôtres Saint Thaddée et Saint Bartholomée, qui propagèrent la religion chrétienne en Arménie. L’édifice est surmonté d’un clocher octogonal, où culmine à 31 m une croix arménienne (croix latine aux extrémités fleuries, dite aussi croix fleurie).

À l’intérieur, l’architecture se singularise par la présence d’arcs croisés (Photo 3) assurant la solidité de l’édifice pour le protéger d’un éventuel tremblement de terre, risque élevé en Arménie. Ces arcs soutiennent la coupole centrale. On remarque de plus la présence d’une décoration à motifs floraux sculptés dans la pierre. Au premier abord, la différence avec les églises catholiques françaises ne saute pas aux yeux et tranche avec la décoration traditionnelle des églises orthodoxes grecques ou russes. Au fond, la fresque peinte sur le cul de four nous montre un « Pantocrator » de facture plutôt réaliste, bien éloigné des figurations de la tradition byzantine. L’autel est surmonté d’un petit baldaquin reposant sur des colonnes de marbre abritant un tableau assez classique d’une Vierge à l’Enfant (Photo 4).

Photo 3 : la croisée d’ogives
Photo 4 : la Vierge à l’Enfant

Les offices religieux, au cours desquels la musique chorale joue un rôle très important, se déroulent en langue arménienne ancienne, qui reste toutefois compréhensible par les Arméniens de nos jours. L’Arménie se prévaut d’avoir été le premier état à avoir adopté la religion chrétienne en 301, à la suite de la conversion de son roi Tiridate IV par Saint Grégoire l’Illuminateur. L’Église apostolique arménienne est une Église chrétienne orthodoxe orientale autocéphale non chalcédonienne, dirigée par un Catholicos ayant autorité religieuse sur l’ensemble des communautés arméniennes. La communion s’effectue sous les deux espèces (le pain et le vin). Il n’y a pas d’iconostase, mais en période de carême (40 jours avant Pâques) un rideau est tiré pour dissimuler l’autel et l’officiant aux regards des fidèles.
En sortant de l’église par un étroit couloir, on débouche sur une petite cour, où se trouve érigée une croix-pierre (khatchkar en arménien) sculptée sur une dalle de pierre volcanique de couleur rouge (Photo 5). Ce type de stèle à caractère votif ou commémoratif se retrouve un peu partout en Arménie. Il représente toujours une croix surgissant d’un arbre, que l’on peut interpréter comme un symbole de renaissance. Il est souvent comme ici, accompagné d’un disque, qui pourrait figurer le disque solaire apportant la lumière divine. Sur un mur de la cour, une fresque du peintre arménien Nerseh Khalatyan représente des scènes historiques de l’histoire de l’Arménie :
– la bataille d’Avaraïr en 451 au cours de laquelle les Arméniens défendirent leur foi chrétienne contre le zoroastrisme, que les Perses voulaient leur imposer ;
– la création de l’alphabet arménien en l’année 405 par Saint MesropMachtots (Photo 6), qui permit à ce prédicateur de faire une traduction de la Bible ;
– un groupe d’éminents Arméniens lors de la proclamation de la première République Arménienne en 1918.

Photo 5 : le « khatchkar » dans la cour
Photo 6 : Saint Mesrop Machtots, père de l’alphabet arménien

A l’issue de cette visite très intéressante, nous nous dirigeons vers la Place François Ier entourée d’hôtels particuliers de facture Néo-Renaissance et empruntons la rue Bayard, qui accueillit pour un temps la superbe façade de la maison Chabouillé, que l’on peut admirer désormais dans la cour de l’Hôtel de Ville à Moret-sur-Loing. Nous arrivons enfin au jardin d’Erevan, tout près du bord de Seine, au pied d’une statue de bronze de forme assez inattendue (Photo 7), érigée en l’honneur du Père Komitas, Docteur en théologie et en musicologie. Celui-ci restaura les modes musicaux caractéristiques de la langue liturgique arménienne et collecta de nombreux chants de la tradition populaire, que tout un chacun peut désormais écouter sur les sites de musique pour le grand public.

Photo 7 : statue du Père Komitas

Cette visite forte instructive nous a permis d’appréhender le lien très étroit qui unit les membres des communautés arméniennes dispersées à leur Église nationale. Peut-être donnera-t-elle à certains l’envie d’aller sur place en Arménie visiter ses trésors de l’architecture religieuse médiévale.

Crédit photos : Jean Coiffier (photos 1,2,4,6 et 7) ; Anne Fournier (photos 3 et 5).