Une jolie balade printanière de Bois-le-Roi à Avon
Jean Coiffier
Nous n’étions seulement que 8 à nous retrouver devant la gare de Bois-le-Roi le 14 avril à 10 h du matin, un peu déçus de ne pouvoir compter plus de participants (peut être en raison de la période de vacances scolaires en Île-de-France). En dépit d’un air un peu frais au matin, la journée s’annonce superbe sous un ciel sans nuages. Après avoir suivi une rue du village bordée de coquettes petites maisons, nous entrons alors dans la forêt de Fontainebleau (Photo 1) par une grande allée forestière, dont un des bas-côtés est tapissé de jeunes pousses de muguet sauvage qui ne vont pas tarder à faire apparaître leurs clochettes.
Notre itinéraire nous conduit ensuite sur un petit monticule appelé « le petit mont », d’où émergent quelques groupes de rochers de grès, puis nous mène enfin à la « butte Saint Louis », au sommet de laquelle se trouvent les ruines d’un édifice faisant actuellement l’objet de fouilles archéologiques. Il s’agit d’un ermitage implanté vraisemblablement autour de l’an mil, bien qu’une légende fasse remonter sa fondation à Saint Louis, deux siècles plus tard. Propriété du domaine royal, puis d’un dignitaire de l’ordre religieux catholique des trinitaires, il est détruit au début du XVIIIe sur ordre de Louis XIV après l’assassinat du dernier ermite.
Nous poursuivons ensuite notre chemin vers le sud avant de nous orienter vers l’est et commencer à gravir les premiers contreforts du rocher Cassepot en suivant scrupuleusement les marques bleues apposées sur les arbres ou les rochers. Arrivés à un endroit ombragé, où la disposition des rochers semble propice pour une halte (Photo 2), nous décidons de faire la pause casse-croûte, non sans avoir écouté Jean Coiffier, bellifontain depuis quelques années, raconter l’histoire des sentiers bleus et de son « inventeur ».
Claude-François Denecourt (1788-1875), né vers la fin du XVIIIe siècle et engagé volontaire sous le ler Empire participe aux combats en Saxe et en Espagne, puis, suite à des blessures, est affecté à Mayence avant de se replier sur Paris avec les armées napoléoniennes. Sous la Restauration, il obtient un poste de portier à Versailles, puis à Fontainebleau, où il découvre avec passion la beauté de la forêt qui entoure la petite cité. Au début des années 1840, il prend l’initiative d’ouvrir des itinéraires sinueux balisés par des flèches de peinture bleue au milieu des rochers, puis entreprend la publication d’un premier guide permettant aux promeneurs de découvrir les merveilles de la forêt. Il décide ensuite de lancer une souscription pour réaliser un certain nombre de travaux : dégagement de grottes, aménagement de fontaines, puis enfin érection d’une tour, dénommée Fort l’Empereur, inaugurée par Napoléon III en 1853. Après le succès de ses guides régulièrement édités, il obtient même une consécration littéraire, puisqu’un hommage est rendu solennellement en 1855 au « Sylvain » Denecourt avec la participation de plusieurs gloires littéraires de l’époque.
Après avoir reconstitué nos forces avec les provisions du repas extraites nos sacs et dégusté un petit café chaud tout à fait bienvenu sorti d’un thermos, nous reprenons notre marche en serpentant à travers les rochers, dont certains, identifiés par des lettres, ont une forme caractéristique ou ressemblent à des créatures fantastiques (Photo 3). Nous abordons alors la partie dangereuse de l’itinéraire, puisqu’il nous faut traverser la route départementale menant à Fontaine-le-Port au bord de la Seine. C’est chose faite, une fois évitées les files de voitures venant à vive allure de la droite comme de la gauche, et nous nous retrouvons sur un sentier dont la pente se relève peu à peu pour nous faire déboucher sur une esplanade à 136 mètres d’altitude où se dresse la fameuse tour désormais appelée Tour Denecourt.
Nous gravissons alors la quarantaine de marches qui nous permet d’atteindre l’étroite plateforme sommitale, d’où nous pouvons découvrir, aidés en cela par deux tables d’orientation, une magnifique vue à 360 degrés sur la canopée de la forêt, ainsi que sur les plus proches villages situés à sa lisière. Après avoir sollicité l’aide de promeneurs pour faire la traditionnelle photo du groupe au complet (Photos 4 et 5), nous reprenons notre chemin sur la dernière partie de notre itinéraire.
Ayant longé un sentier surplombé par des rochers nous retrouvons un petit chemin en bordure d’une route goudronnée et nous nous étonnons de ne plus voir les balises bleues et constatons alors que deux des nôtres manquent à l’appel. Un rapide coup d’œil sur notre position donnée par le GPS nous confirme que nous avons oublié de bifurquer. Nous nous dirigeons alors vers un carrefour pour rejoindre le chemin balisé et retrouver nos deux amis qui avaient scrupuleusement suivi l’itinéraire. Nous abordons alors le circuit des trois fontaines aménagées par Denecourt. Celles-ci, simples bassins empierrés sur lesquels stagnent de minces filets d’eau suintant des fentes des roches, ont été nommées Désirée, Dorly (Photo 6) et Isabelle ; au-dessus de cette dernière un médaillon a été apposé à la mémoire de Charles Colinet, constructeur des Ponts et Chaussées, continuateur de l’œuvre de Denecourt pour l’aménagement des sentiers de la forêt.
Si nous avons manqué la « roche éponge », ainsi nommée en raison de sa structure alvéolée, nous nous arrêtons un moment devant le médaillon apposé sur un rocher représentant Nemorosa (Photo 7), reine des bois, qu’une légende imaginée par un poète local dit avoir réconforté un seigneur inconsolable depuis la mort de sa compagne piquée par une vipère… Nous approchons alors de la fin de notre balade, puisqu’une dernière descente nous mène directement à la gare d’Avon-Fontainebleau. Après avoir consulté les horaires des trains vers la capitale est venu le moment de nous séparer, les plus pressés rentrant directement, tandis que les autres s’octroient une pause rafraichissement au café de la gare avant de repartir.
Crédit photos : Maurice Imbard (1, 2), Jean Coiffier (3, 6) et Vincent Pircher (4, 5, 7)






